dimanche 26 février 2017

Elegy [Archives de la base]




elegy

nnneeeeeeaaaaant vide creuxxxxxxxxxxx zér0 & rien jamais ne n0n ne pas ne ne nnneeeeeeant silence muet fermé rincé pourri vide ne ni nnnnn0n pas sans prix privé /at0ne & m0n0chr0me////gratuit///nnnneeeeeaaantttt privatif fini
zér0 j0ur j0ur zér00000000000000000000000000000000
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          chou à
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faut se faire une place de force 


vendredi 10 février 2017

D’un flash (1) - [Archives de la base]



 
Depuis que j’étais rentré, j’entendais le voisin du dessus qui se déchaînait sur sa guitare.

Je regardais contre le mur de ma chambre les livres alignés sur quatre rangées, superposés dans la bibliothèque bon marché. Tous ces livres dressés rouge, jaune, noir, blanc, tous ces livres collés, serrés les uns aux autres à différents niveaux entre les tablettes de la bibliothèque faisaient partie de ma vie. Je m’y retrouvais. Il y avait ceux que j’avais trimballés jusqu’en Espagne, jusqu’en Grèce, à la fac, le week-end, en famille, à la campagne, dans un coin de nature, au fond d’une voiture, ceux que j’avais lus en six mois, ceux qui m’avaient empêché de dormir et d’autres encore, acolytes discrets, compagnons intimes de voyages éclairs, armées d’esprits bienveillants, prêts à intervenir au moindre claquement, prêts à déployer dans le plus grand secret leurs fouets de lignes et leurs lassos de mots, leurs pluies de vignes et leurs nuits dives d’insomnies. Les livres, mes livres sagement rangés.

Chaque tranche, chaque titre de côté formait une longue accolade d’écrins compressés de sens et de mémoire – comme celui qui garde encore du sable caché entre ses pages gondolées, les pages déformées sur une plage arrière au soleil, ou l’autre là, tâché de coulis de framboise ou d’encre verte je ne sais plus, celui à la couverture tordue, déchirée, arrachée – mes bouquins, couverts de cicatrices uniques et irrémédiables. A la lecture de leur titre, telles des mélodies oubliées, chacun d’entre eux conserve une certaine effluve du passé. Toutes ces tranches de livres, tous ces titres, ces auteurs, ces collections côte à côte, rangés, classés alphabétiquement sur la planche de l’étagère, m’appelaient à une promenade, me happaient dans une déambulation floue et nonchalante dans les souvenirs, un petit conte, un songe, une rêverie solitaire debout devant ces petits rectangles pressés et multicolores aux numéros fous, debout dans la pièce lumineuse et silencieuse.

J’écrasais mon joint.

Je ne lisais presque plus rien, le programme télé ou des petits livres, et encore, quand c’était jour de fête. Sinon, plus de romans, plus de classiques, plus de poésies, mais plutôt des nouvelles très courtes, quelquefois, dont je n’arrivais plus jamais à me souvenir. J’avais des hauts le cœur devant le vide sur l’étagère du bas.

Tout ce qui était réuni devant mes yeux provenait d’une autre ère, d’un temps où je m’asseyais encore dans le canapé pour lire toute la journée, au lieu de m’y affaler pour répondre sans arrêt au téléphone, mater la télé ou jouer à la console.

J’ai roulé un autre joint.

(...)